Durant mon stage au service du sport de la clinique romande de réadaptation, j’avais accès à une superbe machine pouvant évaluer de façon précise ma composition corporelle, le BOD POD. Je vous épargne les détails sur le fonctionnement de l’engin, mais je vous assure que la mesure est précise.

Le BOD POD.

Le BOD POD.

Avant mon premier BOD POD, mon pèse personne bon marché me donnait, par bio impédance, 8% de masse grasse… Je trouvais ça un peu bas, mais j’aimais bien y croire. Je m’attendais à être au dessus des 10%, mais pas beaucoup… 12% peut-être? Surprise: 16%! D’abord un peu choqué par le résultat, je me rends rapidement compte qu’il s’agit en fait d’une excellente nouvelle… Le potentiel de perte, donc d’amélioration de performances, est énorme! Aussi, ça me rassure un peu… J’avais depuis un bon moment l’impression d’être gras, mais comme ma balance et quelques êtres humains affirmaient le contraire, je commençais à croire que j’avais des troubles de perceptions de mon corps. 

J’ai aussi réalisé que la quantité de masse musculaire que j’ai perdu suite à mon arrêt du triathlon (et du travail à la ferme?) est très importante. Je pesais 68kg avec 8% de masse grasse à l’époque (mesuré avec un DXA, donc très précis). J’ai donc perdu autour de 7kg de masse musculaire durant les dernières années! Il faut dire que j’avais de sacrés pectoraux et un dos bien musclé à l’époque… Malheureusement, contrairement au DXA, le BOD POD ne peut pas me dire de quelle façon ma masse maigre est réparti. Sur 7kg, j’ai peut-être aussi perdu un peu de cuisse…

Demi Ironman du Mont-Tremblant 2012. Je pèse alors 68kg avec 8% de graisses.

Demi Ironman du Mont-Tremblant 2012. Je pèse alors 68kg avec 8% de graisses.

Je suivais déjà une alimentation végétalienne riche en glucides depuis quelques temps et comme on dit que c’est une bonne façon de perdre du poids, j’ai simplement réduit la taille de mes collations. On recommande de ne pas s’imposer un déficit calorique supérieur à 500 kcal par jour, mais les championnats du monde de trail approchait et c’eût été manquer de respect à mon équipe et à mon sport que de me présenter sur la ligne de départ en surpoids… Je pousse donc un peu le déficit et c’est là que commence la « Hunger game ». Honnêtement, ce n’était pas aussi pire que ce à quoi je m’attendais. En fait, c’était même plutôt facile… Je crois que le type de régime y est pour beaucoup. Au repos comme à l’exercise, quelqu’un suivant un régime riche en glucides brûle forcément plus d’hydrates de carbones et moins de graisses que quelqu’un qui mange un régime « équilibré », mais il brûle tout de même de la graisse… En mangeant très peu de graisse, la quasi-totalité des lipides brûlés viennent donc forcément des réserves corporelles.

En deux semaines, selon le BOD POD, j’ai perdu 4 kg de masse grasse et pas un gramme de masse maigre. En plus, j’ai tout de même de l’énergie pour mes entraînements (ce qui est moins évident lorsqu’on suit un régime faible en glucides). C’est vraiment efficace ce régime et c’est aussi très simple à suivre. Aucun produit d’origine animale comme tout régime végétalien, mais aussi aucun aliment gras. Exit les noix, huiles et les avocats. (Je consomme seulement des graines de lin en petite quantité dans l’espoir d’obtenir les acides gras essentiels dont mon corps à besoin). Seulement 8% de mon apport calorique quotidien vient des lipides, environ 15% des protéines et le reste des glucides (donc plus de 75%). Ce qui est bien, c’est que ça donne des assiettes qui sont énormes et j’ai au moins l’impression d’être bien plein à la fin des repas. C’est un régime très « satisfaisant » et l’envie de tricher ne se présente jamais à moi… Après tout, je donne à mon corps ce qu’il veux: des glucides. Alors je mange quoi? Du riz, des pommes de terre, du sarrasin, de la polenta, des flocons d’avoine, des lentilles, des haricots, des fruits et des légumes.

Bon, revenons à la « Hunger game »… Deux semaines plus tard, j’avais perdu 1,5 kg de masse grasse supplémentaire. J’étais alors sous les 10% et ma masse maigre n’avais toujours pas changée. La grande quantité de glucides consommés aide probablement à éviter la dégradation des protéines musculaires qui pourrait survenir en situation de restriction calorique. Donc 5,5 kg de graisses perdu en 4 semaines! Est-ce qu’il m’arrivait d’avoir faim? Certainement, mais rien d’extrême. C’était facile.

Championnat du monde de Trail 2016. Je suis alors à 62kg dont 9% de masse grasse. Photo: Nuno Vieira.

Championnat du monde de Trail 2016. Je suis alors à 62kg dont 9% de masse grasse. Photo: Nuno Vieira.

Je dois avouer prendre plaisir à avoir un certain contrôle sur mon corps… J’ai toujours eu beaucoup de respect pour les gens, comme les body builders, à la recherche d’une « perfection » corporelle. Cette quête, aussi futile soit-elle, à quelque chose de beau à mes yeux. Ce qui est intéressant, c’est que cette « perfection » est différente pour chacun et varie en fonction du sport que l’on pratique et de l’idéal à atteindre. Pour plusieurs, Rémi Bonnet est trop mince. Pour moi, il a le physique idéal. C’est d’ailleurs un des meilleurs grimpeur en trail comme en ski-alpinisme. Même chose pour bien des coureurs de l’Afrique de l’est. Leur avantage principal vient de leur morphologie… Leur VO2max n’a souvent rien d’exceptionnelle, mais des membres très fins leur confèrent une économie de course exceptionnelle.

Rémi Bonnet. Photo: IrunFar/Meghan Hicks

Rémi Bonnet. Photo: IrunFar/Meghan Hicks

Il faut peut-être un certain contrôle pour en arriver à son véritable poids de forme, mais je ne crois pas qu’il soit mal de peser ça nourriture ou de calculer des calories. Ce n’est certainement pas pire que de calculer de l’argent ou de s’attarder à l’allure de sa voiture ou de sa maison. Après tout, notre corps est la seule chose que l’on possède réellement et s’il faut être obsédé par une seule chose dans la vie, mieux vaut que ce soit quelque chose de vrai, de tangible et qui nous appartiendra toujours. L’idée ce n’est pas d’être beau, un culturiste et un marathonien élite ne sont pas « beaux ». Selon moi, la beauté ne réside pas dans le résultat, mais plutôt dans le processus. Y a-t-il quelque chose de plus noble en ce bas monde que la recherche de la perfection?