Cette année, les Championnats du monde de Trail ont lieu dans le Parc national de Penada-Gerês au Portugal. Au menu: 85 kilomètres et 5000 mètres de dénivelé positif. L'an dernier à Annecy, je terminais 29e et c'est avec l'objectif d'améliorer ce classement que je me rends au Portugal.

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Le départ est donné à 5 heure samedi matin. J'ai de superbes sensations dans la première montée. Ça fait longtemps que je ne me suis pas senti aussi fort! Le fait d'être en compagnie d'Andy Symonds me fait tout de même douter de ma capacité à maintenir le rythme... Normalement je fait confiance à mes sensations et je ne fait pas trop attention aux coureurs qui m'entourent... Ma saison difficile a peut-être eu raison de ma confiance? Je perds un peu de temps derrière un coureur maladroit dans la première descente, mais je reviens quand même sur le groupe "Symonds" dès le début de la deuxième ascension. Je réussi à facilement avaler 400 kcal par heure dès le début de la course ce qui m'encourage à maintenir le rythme. Je n'ai pas de très bonnes sensations à la marche, je préfère donc courir tout ce que je peux. Avec mes jambes de Kenyan c'est probablement plus efficace de toute façon...

Crédit photo: Matias Novo

Crédit photo: Matias Novo

J'arrive au ravitaillement du 30e km complètement dans ma bulle. C'est un ravitaillement express pour moi. J'omets même de remercier mon équipe de soutien tellement je suis concentré! Je perds quelques positions dans la montée suivante au dépend de très bon coureurs comme Urs Jenzer et Yeray Duran, mais je maintien un bon rythme. Autour du 35e kilomètre, sachant que le ravitaillement suivant est encore loin, je prends le temps de remplir mes bouteilles et de me rafraîchir dans un ruisseau. C'est la plus belle section du parcours, un endroit parfait pour prendre une petite pause! J'aborde quand même la grosse montée de la mi-course avec une réserve d'eau limitée. J'en suis au 40e kilomètre quand je commence à faiblir. J'aimerais bien augmenter l'apport calorique, mais je n'ai plus d'eau pour accompagner mes gels... J'avance avec difficulté et les trois premières femmes me dépassent facilement. Je fais ce que je peux et consomme un gel "à sec", mais je le vomis un peu plus loin... J'arrive enfin au ravitaillement du sommet où je prends le temps d'avaler beaucoup d'eau en plus de remplir mes bouteilles. Je n'arrive pas à retrouver un bon rythme dans la descente et les choses deviennent compliqués... Je crains une défaillance majeure comme celle que j'ai connu dans mes trois derniers ultras.

Crédit photo: Nuno Vieira

Crédit photo: Nuno Vieira

Je retrouve mon assistance au ravitaillement du 55e kilomètre. Alors que j'ai l'impression d'être déjà en mode "finisher" et que je mentionne à mon équipe que je ne suis pas très pressé, Julien me rappelle que chaque minute compte... Ça me motive à tenter d'augmenter l'intensité d'un cran. Après tout, je porte la camisole du Canada et ce n'est pas seulement pour moi que je cours... Même si les choses ne se passent pas comme je le souhaite, je dois absolument tout donner aujourd'hui. Je me sens un peu mieux quelques minutes plus tard, mais je suis hésitant à ouvrir la machine. Les terribles sensations de mes derniers ultras semblent me hanter... Une raideur à la hanche droite me ralenti considérablement dans la dernière grosse montée, mais je suis déterminé à finir en force dans la descente. Il me faut du temps pour retrouver mes jambes après le sommet, mais une fois lancé, je suis bien et mon rythme est enfin acceptable.

Crédit photo: Matias Novo

Crédit photo: Matias Novo

Je me dépêche au dernier ravitaillement pour éviter de perdre mon rythme. Malgré une pause supplémentaire pour vérification du matériel obligatoire, les jambes sont toujours bonnes à la sortie. Après quelques kilomètres à courir a toute vitesse, je reviens finalement sur quelques coureurs et s'en suis une belle remontée de fin de course! Je me permets même de franchir la ligne d'arrivée comme il se doit, au sprint. Contrairement à mes précédents sprints de fin d'ultra, mes jambes ne sont pas à la limite des crampes, je cours bien, je vole. 

Crédit photo: Miro Cerqueira

Crédit photo: Miro Cerqueira

J'ai terminé la course en 57e position. Avec le recul, j'ai l'impression d'avoir couru avec un peu trop de retenu en milieu de course et peut-être même au départ... L'an dernier, je ne me gênais pas pour courir devant n'importe qui! Je suis bien content d'avoir enfin eu de bonnes jambes dans un ultras.. Il me suffit maintenant de retrouver toute ma confiance et les superbes sensations que j'avais en fin de course vont certainement aider!