Pour la troisième année consécutive, je prends le départ de cet ultra traversant l’île de Gran Canaria. En 2015, je prenais le départ avec une blessure à l’abdomen et, sans surprise, j’avais été contraint à l’abandon. En 2016, je m’arrêtais à 30 kilomètres de l’arrivée simplement parce que j’étais complètement vidé et je n’avais pas envie de marcher jusqu’au bout… Cette fois, je suis mentalement près à marcher très longtemps s’il le faut. À moins d’un sérieux soucis physique, j’irai au bout!

Pour une rare fois, je me retiens et pars prudemment. Je bascule au sommet de la première bosse avec la tête de course féminine dont fait partie Mélanie Rousset, ma coéquipière chez WAA. Malgré le peu d’entraînement en descente, j’ai de bonnes sensations dans la première malgré sa technicité. Je me force tout de même à jouer de prudence et m’économise pour la suite.

Une fois dans la deuxième montée, je me sens super fort et reprends plusieurs concurrents probablement partis un peu vite. J’ai choisi de prendre mes bâtons et je les utilises bien dans cette longue montée. Je suis en contrôle. Je m’alimente bien, avalant 400 kcal à l’heure depuis le départ. J’ai sur moi plusieurs gels GU et quelques barres Naak. Je consomme aussi des fruits aux ravitaillements pour compléter le tout.

Après 5 heures de course, je me sens un peu endormi, mais je sais qu’au lever du jour ça ira mieux. C’est aussi à ce moment que ma cuisse gauche commence à se faire douloureuse. Rien de grave, mais c’est un peu tôt… J’ai fait la majorité de ma préparation sur les skis et j’étais curieux de voir ce que ça allait donner… Je suis entrain d’avoir ma réponse! Prudent en descente et fort en montée, je fais le yoyo avec quelques coureurs que je ne cesse de croiser. Parmi eux, Mélanie qui fait une superbe course! Ce petit jeux va durer plusieurs kilomètres. Je me dis que je finirai bien par tous les dépasser dans les derniers kilomètres puisque je me conserve en descente…

C’est après le ravitaillement de Teror au 56e kilomètre que ma douleur à la cuisse s’intensifie et qu’elle devient inquiétante. Dans la descente vers Tejeda, les choses se compliquent. Je n’avance même plus assez vite pour me garder au chaud. Suis-je blessé ou ai-je seulement mal? Je boite et utilise même mes bâtons en descente. Les premiers coureurs du 80 kilomètres me dépassent à toute vitesse. Pourquoi me suis-je inscrits au 125? Ça à l’air bien plus amusant de courir le 80! Une fois à Tejeda, il me reste 55 kilomètres à faire. À la vitesse à laquelle j’avance, je doute de pouvoir me rendre au bout dans les temps… Je crains une blessure. J’abandonne.

Un problème au pied droit survenu dès mes premiers pas de courses sur l’île a probablement mené à un débalancement dans ma foulée et à cette douleur précoce au niveau des fléchisseurs de la cuisse opposée... Au lendemain de la course, mon pied est d’ailleurs bien plus amoché que ma cuisse!

Je n’ai pas l’intention de retenter l’expérience. Trois échecs c’est bien assez. À l’heure actuelle, je ne sais même pas si je prendrais à nouveau le départ d’une telle course. Je préfère les formats plus courts et je crois que la nuit c’est fait pour dormir… J’en étais déjà venu à ces conclusions à la fin de la saison 2016, mais des opportunités ce sont présentées à moi et je les ai saisis en me disant qu’il valait mieux sortir de ma zone de confort et vivre des émotions… Baliverne!

Courir pour vivre des émotions c’est bien beau, mais quand la plupart des émotions ressentis en course sont négatives, est-ce que le jeu en vaut vraiment la chandelle? J’imagine que pour les gens qui éprouvent une importante satisfaction en franchissant la ligne d’arrivée, la balance des émotions est souvent positive. Personnellement, le fait de terminer une course ne me procure pas grand-chose. Au final, ce qui compte le plus pour moi, c’est le sentiment d’avoir tout donné et il est bien plus facile de le ressentir sur un kilomètre vertical, un cross ou une Skyrace que sur un ultra…

Je n’ai pas encore pris de décision quand aux courses auxquelles je devais prendre part, mais des changements à mon calendrier sont à prévoir... Une participation au Tor des Geants cet automne me semble maintenant totalement absurde. J’aime l’idée de courir longtemps, de voir du pays et de partir à l’aventure, mais les courses par étapes me semblent bien plus appropriées pour ça. En courant le jour, on peut au moins admirer le paysage!